Comment devenir greffier : concours, formation et salaire
Savoir comment devenir greffier commence par une surprise : un bac+2 suffit pour s’inscrire au concours, sans cinq années de droit derrière soi. Le métier traîne pourtant une image de simple secrétaire d’audience, alors que le greffier authentifie les actes de justice et assiste le magistrat à chaque audience, comme dans le parcours décrit pour devenir juge. Sans lui, toute procédure est rendue caduque. Entre le concours, une formation rémunérée, une grille de salaire en pleine refonte et des recrutements massifs, voici le parcours complet, chiffres officiels à l’appui, avec les dates à retenir pour la prochaine session et les pièges à éviter avant de s’inscrire.
Greffier de justice ou de commerce : deux métiers, deux statuts
Le mot recouvre deux réalités. Le greffier des services judiciaires est un fonctionnaire du ministère de la Justice, classé en catégorie B, affecté dans un tribunal judiciaire, une cour d’appel ou un conseil de prud’hommes. Il enregistre les affaires, rédige les procès-verbaux d’audience, rassemble les pièces, authentifie les décisions, informe les parties des dates d’audience et accueille le public au greffe. Sa présence est obligatoire lors des audiences.
L’autre voie mène à un quotidien très différent. Le greffier de tribunal de commerce est un officier public ministériel : il exerce en profession libérale et tient le registre du commerce et des sociétés (RCS). Son revenu découle de son statut libéral, pas d’une grille de fonctionnaire.
Le ministère de la Justice n’en recense que 227 sur tout le territoire, contre plus de 12 000 greffiers et directeurs de greffe dans la fonction publique. Ce cercle étroit explique que l’immense majorité de ceux qui veulent devenir greffier visent le concours des services judiciaires, celui que détaille cet article. Le second métier suit une logique d’office ministériel, plus proche de celle décrite pour devenir notaire, avec ses propres conditions de diplôme et de nomination.
Dans les deux cas, le greffier reste un technicien de la procédure : on ne l’entend presque jamais plaider, mais aucune audience ne se tient sans lui, et c’est lui qui garde la trace écrite de ce qui s’y dit.
Trois qualités font la différence au quotidien d’après le Cned : la rigueur administrative, pour respecter des délais légaux qui ne se négocient pas, la rapidité de rédaction, pour retranscrire fidèlement des débats en direct, et un bon niveau d’expression, pour expliquer une procédure à des justiciables souvent dépassés. Discrétion et sens du contact complètent le tableau : le greffier reçoit autant de parties inquiètes que de dossiers.
Pour devenir greffier, un concours en deux voies
L’entrée se fait par un concours de la fonction publique, sans autre porte d’accès. Il faut d’abord la nationalité française, puis choisir sa voie. Le concours externe demande un diplôme de niveau bac+2 au minimum ou une qualification équivalente : deuxième année de licence, BTS, DUT. Le concours interne s’adresse aux fonctionnaires et agents publics qui justifient d’au moins quatre ans de service. Attention au piège : l’inscription n’est possible qu’à un seul des deux.
Le ministère de la Justice ne fixe aucune spécialité pour devenir greffier dans sa présentation, mais les épreuves portent sur le droit : mieux vaut s’y préparer sérieusement, y compris à distance. Une troisième porte existe, selon l’UCLy, pour les personnes qui justifient de quatre ans d’activité dans le domaine juridique ou de mandats comparables.
Les épreuves combinent une note de synthèse, des questions sur l’organisation judiciaire et les procédures, puis un entretien avec le jury. Le calendrier donne le rythme : écrits fin mars et début avril, résultats d’admissibilité mi-mai, oraux à partir de juin, résultats début juillet. Les mêmes dates valent pour les deux concours, ce qui laisse peu de temps pour hésiter entre eux une fois les inscriptions closes.
La note de synthèse se travaille comme un sport : lire un dossier documentaire, en extraire l’essentiel et le restituer clairement sont des gestes qui s’acquièrent à force de répétition, d’où l’intérêt des annales publiées par le ministère.
Pour la prochaine session, le calendrier est déjà connu : inscriptions du 4 novembre au 5 janvier, épreuves écrites les 31 mars et 1er avril. Le ministère publie sur La Justice recrute les sujets et les rapports de jury des sessions précédentes, une base de travail gratuite.
Ne sous-estimez pas la sélection : d’après le Cned, moins de 20 % des candidats ont été admis récemment. Le Cned propose d’ailleurs une préparation à distance, utile à quelqu’un qui travaille déjà. Des concours à affectation locale existent aussi pour la Guyane et Mayotte, réservés à ceux qui acceptent d’y exercer.

18 mois rémunérés à Dijon avant le premier poste
Pour devenir greffier à part entière, il faut d’abord passer par l’école : une fois admis, le futur greffier devient stagiaire et suit une formation rémunérée de 18 mois à l’École nationale des greffes (ENG), à Dijon. Au programme : cours théoriques, mises en situation et stages en juridiction, ces derniers occupant l’essentiel du temps. Le salaire commence donc avant le premier poste, un point que les candidats en reconversion regardent de près.
L’école prévoit aussi des aides très concrètes. Les stagiaires peuvent être hébergés gratuitement à l’ENG et prendre leurs repas matin, midi et soir au restaurant administratif, accessible le week-end sur inscription. Les parents d’enfants âgés de dix semaines à trois ans peuvent obtenir une place en crèche le temps de la scolarité. Pour qui doit déménager à Dijon, ces dispositifs pèsent lourd dans le budget.
Le financement n’est donc pas un frein, à la différence d’un master à payer : l’administration verse un traitement pendant la scolarité. L’UCLy évoque environ 1 500 euros par mois, un ordre de grandeur à confirmer auprès de l’école au moment de la rentrée.
La formation ne s’arrête pas à la titularisation : dix jours de formation continue obligatoire par an, pendant les cinq années suivantes.
Le quotidien dépend ensuite de la juridiction d’affectation et du contentieux traité : pénal, civil, accès au droit. Un greffier passe ses journées en audience correctionnelle, un autre à renseigner les justiciables au guichet, un troisième dans un service d’administration centrale. La diversité des postes compte parmi les atouts du métier, à condition d’accepter de changer de service. Le ministère met d’ailleurs en avant des profils de greffiers en tribunal de proximité comme en administration centrale.
Salaire et carrière : de la catégorie B à la catégorie A
Pour qui veut devenir greffier, la rémunération suit la grille de la fonction publique, et c’est là que le métier évolue : un nouveau corps de catégorie A vient d’être créé au-dessus des greffiers.
Le début de carrière
Un greffier débutant perçoit entre 1 800 et 2 200 euros nets par mois selon le Cned, qui cite le ministère de la Justice. En fin de carrière, un greffier principal approche 3 000 euros nets. S’ajoutent des primes liées à la fonction et la sécurité de l’emploi. Le grade de greffier principal s’obtient par examen professionnel, dès le sixième échelon et après trois ans de services effectifs, ou au choix après sept ans d’ancienneté.
Une autre voie mène à la fonction de directeur des services de greffe (DSG), de catégorie A, qui encadre les équipes, le budget et la coordination. Les greffiers peuvent aussi être détachés sur des grades fonctionnels pour encadrer un petit greffe.
La grille des cadres greffiers
Le corps des cadres greffiers relève de la catégorie A et s’ouvre aux greffiers par concours interne ou promotion au choix. Il compte trois grades, sur le modèle de la grille des attachés d’administration de l’État. Le tableau donne les indices majorés, base de calcul du traitement, du premier au dernier échelon de chaque grade.
| Grade | Échelons | Indices majorés | Durée du 1er échelon |
|---|---|---|---|
| Cadre greffier | 11 | 395 à 678 | 1 an et 6 mois |
| Cadre greffier principal | 10 | 505 à 826 | 2 ans |
| Cadre greffier hors classe | 6, plus un échelon spécial | 660 à 835 | 2 ans |
Entre le premier échelon du premier grade et le dernier du dernier, l’indice majoré passe de 395 à 835, soit plus du double. Le corps étant récent, ces grilles concernent une première génération de cadres : le concours externe y est prévu à terme, dans la limite de 15 % des nominations.
À la grille s’ajoute un régime indemnitaire en deux volets, l’IFSE et le CIA. Pour un cadre greffier chef de greffe d’un conseil de prud’hommes, le socle de l’IFSE atteint 12 000 euros par an, avec un plafond de 36 210 euros. Un stagiaire part de 6 390 euros, plafonné à 25 500 euros.
Un recrutement massif dans un corps très féminisé
Au 1er janvier 2018, le ministère de la Justice recensait 12 809 greffiers et directeurs des services de greffe en fonction, dont 11 007 greffiers. Avec 88 % de femmes, le corps compte parmi les plus féminisés des professions intermédiaires de la fonction publique, d’après le bulletin Infostat du ministère.
Dans cet effectif, 1 802 étaient directeurs des services de greffe, la catégorie A qui dirige les greffiers. Depuis la réforme statutaire de 2015, les uns comme les autres peuvent être détachés sur des grades fonctionnels pour accéder à des fonctions d’encadrement, dans de petites juridictions pour les greffiers.
Autre repère : les greffiers passent en moyenne quatre ans et demi dans un poste avant d’en changer. La mobilité fait partie du métier, entre juridictions, services et administration centrale, et elle nourrit les promotions vers l’encadrement.
La loi d’orientation et de programmation de la Justice prévoit le recrutement de 1 800 greffiers supplémentaires. Au dernier bilan publié, 571 d’entre eux étaient déjà en poste et 833 suivaient leur formation à l’ENG, soit plus de la moitié de l’objectif. Les promotions de Dijon sont donc plus fournies que d’habitude, un contexte favorable à ceux qui comptent devenir greffier dès la prochaine session.
Ce rythme profite aussi aux candidats en reconversion : un agent public de quatre ans d’ancienneté peut tenter le concours interne sans diplôme particulier, ce qui ouvre la porte à des profils déjà installés dans la fonction publique.
Ceux qui hésitent encore entre plusieurs métiers du droit peuvent comparer avec les études d’avocat pour devenir avocat, avant de trancher entre le concours de greffier et un autre parcours.
Sources
- Ministère de la Justice (Infostat) — les greffiers et directeurs des services de greffe, 2019
- Direction des services judiciaires — le statut particulier de cadre greffier, 2025
- Ministère de la Justice — le renforcement des effectifs de greffiers, 2026
- Ministère de la Justice (Chiffres clés) — les professions judiciaires et juridiques, 2025







